MARCEL PROUST - A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

Du côté de chez Swann - A l'ombre des jeunes filles en fleurs - Le côté de Guermantes
Sodome et Gomorrhe - La prisonnière - Albertine disparue - Le temps retrouvé



V - LA PRISONNIERE

1077 - Vie en commun avec Albertine - Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur

1078 - D’autres fois, je restais couché, rêvant aussi longtemps que je le voulais

1079 - Je sonnais Françoise. J’ouvrais le Figaro

1080 - Françoise n’eut pas de mérite à faire respecter mon sommeil par Albertine

1081 - Cependant, j’entendais les pas de mon amie qui sortait de sa chambre

1082 - Albertine, même dans l’ordre des choses bêtes

1083 - Physiquement, elle avait changé aussi

1084 - Je lui demandais où elle comptait aller

1085 - Ce n’est pas certes, je le savais, que j’aimasse Albertine le moins du monde

1086 - Sans me sentir le moins du monde amoureux d’Albertine

1087 - Dans quelque ville que ce fût, elle n’avait pas besoin de chercher, car le mal

1088 - Je l’interrogeais à brûle-pourpoint : « Ah ! à propos, Albertine

1089 - Quant à la raison de ce désir de ne pas sortir, cela m’eût été désagréable de la dire à Albertine

1090 - Je prenais ma part des plaisirs de la journée commençante

1091 - Si je n’étais pas allé accompagner Albertine

1092 - Françoise venait allumer le feu

1093 - D’Albertine, en revanche, je n’avais plus rien à apprendre

1094 - D’ailleurs, la jalousie est de ces maladies intermittentes

1095 - La décroissance du jour me replongeant par le souvenir

1096 - Mais le plus souvent, à cette heure-là, je savais trouver la duchesse chez elle

1097 - Quand j’avais dit à Albertine, à notre arrivée de Balbec

1098 - De toutes les robes ou robes de chambre que portait Mme de Guermantes

1099 - Toute la sève locale qu’il y a dans les vieilles familles aristocratiques

1100 - Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis

1101 - Malheureusement, je n’avais pas le temps de prolonger indéfiniment ces visites

1102 - Ce qui est extraordinaire, c’est que de cette soirée

1103 - Chose assez particulière, on n’avait jamais entendu le duc de Guermantes se servir de l’expression assez banale : bel et

1104 - Je sentais que cela allait se gâter et je me remis précipitamment à parler robes

1105 - Comme je tâchais, autant que possible, de quitter la duchesse avant qu’Albertine fût revenue

1106 - Quand un fonctionnaire s’est vu infliger de tels reproches par son chef

1107 - Il est certain que Morel, usant du pouvoir que ses charmes lui donnaient sur la jeune fille

1108 - Mon opinion personnelle est que « payer le thé » venait de Morel

1109 - Il viendra peut-être un jour où les couturières

1110 - Rien ne plaisait mieux que l’idée de ce mariage au baron

1111 - D’ailleurs, la jeune fille était délicieuse

1112 - Parmi les raisons qui rendaient M. de Charlus heureux du mariage des deux jeunes gens

1113 - On se souvient peut-être que Morel avait jadis dit au baron que son désir, c’était de séduire une jeune fille

1114 - Ce n’était pas, d’ailleurs, très souvent qu’il m’arrivait de rencontrer M. de Charlus et Morel

1115 - Je dis adieu à Andrée. Dès mon premier coup Albertine vint m’ouvrir

1116 - Les jours où je ne descendais pas chez Mme de Guermantes

1117 - Bientôt on me prévenait qu’elle venait de rentrer

1118 - Tout en écoutant les pas d’Albertine, avec le plaisir

1119 - Dès que la jalousie est découverte, elle est considérée

1120 - Puis arrivait l’heure de partir, elle me quittait. Albertine revenait

1121 - Certes, une femme élégante, Albertine peu à peu en devenait une

1122 - On sait qu’elle avait parlé semblablement de mon influence sur Andrée

1123 - On vous vante la douceur, la pureté d’une vierge

1124 - Sans doute, dans les premiers jours de Balbec, Albertine

1125 - Entre les deux décors, si différents l’un de l’autre, de Balbec

1126 - Étendue de la tête aux pieds sur mon lit

1127 - J’ai passé de charmants soirs à causer, à jouer avec Albertine

1128 - Je mesurais des yeux Albertine étendue à mes pieds

1129 - Moi qui connaissais plusieurs Albertine en une seule

1130 - On comprend, à la rigueur, que les lettres que vous écrit quelqu’un

1131 - Peut-être faut-il que les êtres soient capables de vous faire beaucoup souffrir

1132 - Mais ce plaisir de la voir dormir, et qui était aussi doux que la sentir vivre

1133 - Pas plus que mon déplacement dans le temps, pas plus que le fait de regarder une jeune fille

1134 - Quelquefois j’éteignais la lumière avant qu’elle entrât

1135 - J’avais beau, avant qu’Albertine fût rentrée, avoir douté d’elle

1136 - C’était le tour d’Albertine de me dire bonsoir en m’embrassant de chaque côté du cou

1137 - Avant qu’Albertine m’eût obéi et m’eût laissé enlever ses souliers

1138 - Instants doux, gais, innocents en apparence

1139 - Je ne m’étonnais plus qu’Albertine fût là

1140 - J’avais promis à Albertine que, si je ne sortais pas avec elle

1141 - La vie a pris en effet soudain, à ses yeux, une valeur plus grande

1142 - C’était par de tels temps qu’au début de mon second séjour à Balbec

1143 - On arrive, sous la forme de soupçons, à absorber journellement, à doses énormes

1144 - Pourtant, quand, le lendemain, Bloch m’eut envoyé la photographie de sa cousine Esther

1145 - Ce soir-là, le projet qu’Albertine avait formé

1146 - Souvent je l’avais vue, à Balbec, attacher sur des jeunes filles

1147 - Pour en revenir aux jeunes passantes, jamais Albertine

1148 - Parfois l’écriture où je déchiffrais les mensonges d’Albertine

1149 - Je me mis à suggérer à Albertine d’autres buts de promenade

1150 - Le plus souvent l’amour n’a pas pour objet un corps

1151 - J’ai dit : Comment n’avais-je pas deviné ?

1152 - Sans doute mon amour pour Albertine

1153 - D’ailleurs, Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison

1154 - Si je n’aimais pas Albertine

1155 - Albertine allait ôter ses affaires

1156 - Mais j’étais obligé d’interrompre un instant et de faire des gestes menaçants

1157 - Quand Albertine revint dans ma chambre, elle avait une robe de satin noir

1158 - La souffrance dans l’amour cesse par instants, mais pour reprendre d’une façon différente

1159 - La jalousie est aussi un démon qui ne peut être exorcisé

1160 - Laisser Albertine aller seule dans un grand magasin

1161 - J’étais maintenant libre de faire, aussi souvent que je voulais, des promenades avec Albertine

1162 - Si vous ne voulez pas venir chez les Verdurin

1163 - D’autre part, l’accouplement des éléments contraires est la loi de la vie

1164 - Je crois que vraiment, ce jour-là, j’allais décider notre séparation et partir pour Venise

1165 - Certes, j’avais quelques remords d’être aussi irritant à l’égard d’Albertine

1166 - Ce n’était plus l’apaisement du baiser de ma mère à Combray, que j’éprouvais auprès d’Albertine

1167 - Chaque minute me rapprochait du bonsoir d’Albertine

1168 - Aussi parfois, certains soirs, j’eus recours à une ruse qui me donnait le baiser d’Albertine

1169 - Je pouvais prendre sa tête, la renverser, la poser contre mes lèvres, entourer mon cou de ses bras

1170 - Le lendemain de cette soirée où Albertine m’avait dit

1171 - Certes, la fantaisie, l’esprit de chaque marchand ou marchande

1172 - Françoise m’apporta le Figaro

1173 - Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses

1174 - De ce que le monde du rêve n’est pas le monde de la veille

1175 - La résurrection ne vient pas tout de suite

1176 - Puis une tristesse m’envahissait

1177 - En plus du plaisir de savoir le goût qu’Albertine avait pour eux

1178 - Une fois Albertine sortie, je sentis quelle fatigue était pour moi cette présence perpétuelle

1179 - J’étais, en tous cas, bien content qu’Andrée accompagnât Albertine au Trocadéro

1180 - Laissant ces pensées, maintenant qu’Albertine était sortie

1181 - De blanchisseuse, un dimanche, il ne fallait pas penser qu’il en vînt

1183 - Hélas ! une fois auprès de moi, la blonde crémière

1182 - Je me mis à lire la lettre de maman

1184 - Sans doute je n’en étais qu’à la première de ces affirmations pour Léa

1185 - Je m’aperçus que la petite laitière était toujours là

1186 - D’ailleurs, qui sait si elle ne connaissait pas Léa et n’irait pas la voir dans sa loge ?

1187 - Je recommandai à Françoise, quand elle aurait fait sortir Albertine

1188 - J’étais prêt, Françoise n’avait pas encore téléphoné

1189 - Les robes même que je lui achetais, le yacht dont je lui avais parlé, les peignoirs de Fortuny, tout cela ayant dans cett

1190 - La musique, bien différente en cela de la société d’Albertine

1191 - Mais malgré la richesse de ces œuvres où la contemplation de la nature

1192 - Je ne sais pourquoi le cours de mes rêveries

1193 - Ce fut malheureusement un des éclats de cette nervosité méchante

1194 - Peu à peu mon agitation se calma, Albertine allait rentrer

1195 - J’avais à peine le temps d’apercevoir, aussi séparé d’elles derrière la vitre

1196 - Comme on fait à la veille d’une mort prématurée, je dressais le compte des plaisirs

1197 - Si ma vie avec Albertine devait m’empêcher d’aller à Venise

1198 - La vie de ces jolies filles

1199 - Plus loin une autre fillette était agenouillée près de sa bicyclette

1200 - Parfois, dans les heures où elle m’était le plus indifférente

1201 - Je dois ajouter qu’Albertine admirait beaucoup chez moi un grand bronze

1202 - Certes, si elle avait les goûts que je lui avais crus

1203 - Pour lui faire paraître sa chaîne plus légère

1204 - Tout être aimé, même dans une certaine mesure, tout être est pour nous comme Janus

1205 - J’appris que ce jour-là avait eu lieu une mort qui me fit beaucoup de peine, celle de Bergotte

1206 - Il y avait des années que Bergotte ne sortait plus de chez lui

1207 - Dans les mois qui précédèrent sa mort, Bergotte souffrait d’insomnies

1208 - Il consulta les médecins qui, flattés d’être appelés par lui, virent dans ses vertus de grand travailleur

1209 - Il se répétait : Petit pan de mur jaune avec un auvent

1210 - J’appris, ai-je dit, ce jour-là que Bergotte était mort

1211 - Le témoignage des sens est lui aussi une opération de l’esprit

1212 - Pour revenir à Albertine, je n’ai jamais connu de femmes douées plus qu’elle d’heureuse aptitude au mensonge

1213 - Après le dîner, je dis à Albertine que j’avais envie de profiter

1214 - Je dis à Albertine, peu en train, m’avait-elle dit, pour m’accompagner chez les Guermantes

1215 - Bien que la conduite qu’il avait eue avec la nièce de Jupien

1216 - J’avais en moi deux produits de ma journée

1217 - La mort de Swann m’avait à l’époque bouleversé. La mort de Swann

1218 - Pour revenir à des réalités plus générales, c’est de cette mort prédite et pourtant imprévue de Swann

1219 - Les grosses plaisanteries de Brichot

1220 - C’est comme ça, Brichot, que vous vous promenez la nuit avec un beau jeune homme

1221 - Il y a longtemps que vous l’avez vu ? demandai-je à M. de Charlus

1222 - Il est possible que le baron fût sincère quand il parlait de Morel comme d’un bon petit camarade

1223 - M. de Charlus n’avait jamais été, dans la vie, qu’un amateur

1224 - Et qu’est devenu, ajouta-t-il en se tournant vers moi, votre jeune ami hébreu

1225 - Quant aux autres jeunes gens, M. de Charlus trouvait qu’à son goût pour eux l’existence de Morel

1226 - M. de Charlus, qui l’avait connu depuis longtemps par Swann

1227 - Au moment où nous allions sonner à la porte de l’hôtel, nous fûmes rattrapés par Saniette

1228 - M. de Charlus était en train de donner son pardessus avec des recommandations d’habitué

1229 - A ce moment M. Verdurin vint à notre rencontre

1230 - Mme Verdurin était furieuse et décidée à « éclairer » Morel sur le rôle ridicule et odieux que lui faisait jouer M. de Ch

1231 - Pour en revenir à M. de Charlus, Mme Verdurin n’eût pas trop souffert s’il n’avait mis à l’index que la comtesse Molé

1232 - M. de Charlus s’éloigna avec Morel

1233 - Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éducation

1234 - M. de Charlus avait, à Balbec, finement critiqué devant moi Mme de Vaugoubert

1235 - Il faut rendre pourtant cette justice à M. de Charlus

1236 - En voyant se ranger sur la petite estrade non pas seulement Morel et un pianiste

1237 - Je regardai la Patronne, dont l’immobilité farouche

1238 - Mais bien vite, le motif triomphant des cloches ayant été chassé

1239 - Cette patrie perdue, les musiciens ne se la rappellent pas

1240 - Comme dans les illisibles carnets où un chimiste de génie

1241 - Ce qu’elle avait permis, grâce à son labeur, qu’on connût de Vinteuil, c’était à vrai dire toute l’œuvre de Vinteuil

1242 - Au reste, le contraste apparent, cette union profonde entre le génie (le talent aussi et même la vertu) et la gaine de vi

1243 - M. de Charlus recommença, au moment où, la musique finie

1244 - Les autres invitées de M. de Charlus s’en allèrent assez rapidement

1245 - Rien qu’en parlant avec cette faconde, M. de Charlus irritait Mme Verdurin

1246 - Cependant Ski s’était assis au piano

1247 - Je dis à M. de Charlus mon regret que M. Brichot se fût dérangé

1248 - Je retire ce que j’ai dit, dit Charlus d’une voix aiguë et maniérée, vous êtes un puits de science

1249 - Lâche comme je l’étais déjà dans mon enfance à Combray

1250 - Déjà, dans l’esprit rusé de Morel, avait germé une combinaison

1251 - Mais nous avons trop anticipé, car tout ceci ne se passa qu’après la soirée Verdurin

1252 - L’ambassadeur disgracié, le chef de bureau mis brusquement à la retraite

1253 - Tandis que M. de Charlus, assommé sur le coup par les paroles que venait de prononcer Morel et l’attitude de la Patronne

1254 - Pour revenir en arrière, à la soirée Verdurin

1255 - Disparition d’Albertine - Voyant l’heure, et craignant qu’Albertine ne s’ennuyât

1256 - Nous étions arrivés devant la porte

1257 - Nos fiançailles avaient pris une allure de procès et donnaient à Albertine

1258 - Comment, c’était la même Albertine d’aujourd’hui

1259 - Albertine ne m’avait jamais dit qu’elle me soupçonnât d’être jaloux d’elle

1260 - Je dois dire que ce qui m’avait paru le plus grave et m’avait le plus frappé comme symptôme

1261 - Je ne savais que dire, ne voulant pas paraître étonné, et écrasé par tant de mensonges

1262 - Cette fois-ci encore, je n’avais pas le temps de garder un trop long silence

1263 - Cette peur qu’Albertine allât peut-être me dire

1264 - En analysant d’après cela, d’après le système invariable de ripostes

1265 - Mon esclavage, encore perçu par moi

1266 - Je me souvins avec horreur d’un soir

1267 - Mais Léa a été, tout le temps de ce voyage, parfaitement convenable avec moi, me dit Albertine

1268 - Ce soir-là je pensai que, parmi les autres causes

1269 - J’avais les larmes aux yeux

1270 - Ma petite Albertine, répondis-je, vous êtes bien gentille

1271 - J’aurais eu tort d’être heureux de la petite comédie

1272 - Venez dans ma chambre dans cinq minutes pour que je puisse vous voir un peu, mon petit chéri

1273 - Laquelle des deux hypothèses était la vraie ?

1274 - Ce matin-là, pendant qu’Albertine dormait et que j’essayais de deviner ce qui était caché en elle

1275 - Albertine ne me dit pas plus, à partir de cette soirée

1276 - Si le but d’Albertine était de me rendre du calme

1277 - Il faudra que nous nous occupions bientôt de vos robes de Fortuny, dis-je un soir à Albertine

1278 - Alors, pour changer le cours de mes pensées, plutôt que de commencer avec Albertine une partie

1279 - Je m’étais si bien rendu compte qu’il serait absurde d’être jaloux de Mlle Vinteuil et de son amie, puisqu’Albertine

1280 - Sans pousser plus loin cette comparaison, je sentais que les rumeurs

1281 - Les phrases de Vinteuil me firent penser à la petite phrase et je dis à Albertine

1282 - Mais je peux au moins croire que Baudelaire n’est pas sincère. Tandis que Dostoïevski

1283 - Ce n’était pas, du reste, que de la musique de lui que me jouait Albertine

1284 - Et peut-être, pourtant, entièrement fidèle je n’eusse pas souffert d’infidélités

1285 - Quelquefois il faisait un si beau clair de lune, qu’une heure après qu’Albertine était couchée

1286 - L’hiver cependant finissait ; la belle saison revint

1287 - Bientôt les nuits raccourcirent davantage

1288 - Dans la journée, Françoise avait laissé échapper devant moi qu’Albertine

1289 - Quand je vis que d’elle-même elle ne m’embrassait pas

1290 - Ce jour-là et le lendemain nous sortîmes ensemble, puisque Albertine ne voulait plus sortir avec Andrée

1291 - Au fond, nous n’avons faim ni l’un ni l’autre, on aurait pu passer chez les Verdurin, me dit Albertine

1292 - Nous revînmes très tard, dans une nuit où, çà et là, au bord du chemin, un pantalon rouge à côté d’un jupon révélaient de

1293 - Quand ainsi le départ d’Albertine n’aurait plus d’inconvénients