Du côté de chez Swann -
A l'ombre des jeunes filles en fleurs -
Le côté de Guermantes
Sodome et Gomorrhe -
La prisonnière -
Albertine disparue -
Le temps retrouvé
V - LA PRISONNIERE
1077 - Vie en commun avec Albertine - Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur
1078 - D’autres fois, je restais couché, rêvant aussi longtemps que je le voulais
1079 - Je sonnais Françoise. J’ouvrais le Figaro
1080 - Françoise n’eut pas de mérite à faire respecter mon sommeil par Albertine
1081 - Cependant, j’entendais les pas de mon amie qui sortait de sa chambre
1082 - Albertine, même dans l’ordre des choses bêtes
1083 - Physiquement, elle avait changé aussi
1084 - Je lui demandais où elle comptait aller
1085 - Ce n’est pas certes, je le savais, que j’aimasse Albertine le moins du monde
1086 - Sans me sentir le moins du monde amoureux d’Albertine
1087 - Dans quelque ville que ce fût, elle n’avait pas besoin de chercher, car le mal
1088 - Je l’interrogeais à brûle-pourpoint : « Ah ! à propos, Albertine
1089 - Quant à la raison de ce désir de ne pas sortir, cela m’eût été désagréable de la dire à Albertine
1090 - Je prenais ma part des plaisirs de la journée commençante
1091 - Si je n’étais pas allé accompagner Albertine
1092 - Françoise venait allumer le feu
1093 - D’Albertine, en revanche, je n’avais plus rien à apprendre
1094 - D’ailleurs, la jalousie est de ces maladies intermittentes
1095 - La décroissance du jour me replongeant par le souvenir
1096 - Mais le plus souvent, à cette heure-là, je savais trouver la duchesse chez elle
1097 - Quand j’avais dit à Albertine, à notre arrivée de Balbec
1098 - De toutes les robes ou robes de chambre que portait Mme de Guermantes
1099 - Toute la sève locale qu’il y a dans les vieilles familles aristocratiques
1100 - Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis
1101 - Malheureusement, je n’avais pas le temps de prolonger indéfiniment ces visites
1102 - Ce qui est extraordinaire, c’est que de cette soirée
1103 - Chose assez particulière, on n’avait jamais entendu le duc de Guermantes se servir de l’expression assez banale : bel et
1104 - Je sentais que cela allait se gâter et je me remis précipitamment à parler robes
1105 - Comme je tâchais, autant que possible, de quitter la duchesse avant qu’Albertine fût revenue
1106 - Quand un fonctionnaire s’est vu infliger de tels reproches par son chef
1107 - Il est certain que Morel, usant du pouvoir que ses charmes lui donnaient sur la jeune fille
1108 - Mon opinion personnelle est que « payer le thé » venait de Morel
1109 - Il viendra peut-être un jour où les couturières
1110 - Rien ne plaisait mieux que l’idée de ce mariage au baron
1111 - D’ailleurs, la jeune fille était délicieuse
1112 - Parmi les raisons qui rendaient M. de Charlus heureux du mariage des deux jeunes gens
1113 - On se souvient peut-être que Morel avait jadis dit au baron que son désir, c’était de séduire une jeune fille
1114 - Ce n’était pas, d’ailleurs, très souvent qu’il m’arrivait de rencontrer M. de Charlus et Morel
1115 - Je dis adieu à Andrée. Dès mon premier coup Albertine vint m’ouvrir
1116 - Les jours où je ne descendais pas chez Mme de Guermantes
1117 - Bientôt on me prévenait qu’elle venait de rentrer
1118 - Tout en écoutant les pas d’Albertine, avec le plaisir
1119 - Dès que la jalousie est découverte, elle est considérée
1120 - Puis arrivait l’heure de partir, elle me quittait. Albertine revenait
1121 - Certes, une femme élégante, Albertine peu à peu en devenait une
1122 - On sait qu’elle avait parlé semblablement de mon influence sur Andrée
1123 - On vous vante la douceur, la pureté d’une vierge
1124 - Sans doute, dans les premiers jours de Balbec, Albertine
1125 - Entre les deux décors, si différents l’un de l’autre, de Balbec
1126 - Étendue de la tête aux pieds sur mon lit
1127 - J’ai passé de charmants soirs à causer, à jouer avec Albertine
1128 - Je mesurais des yeux Albertine étendue à mes pieds
1129 - Moi qui connaissais plusieurs Albertine en une seule
1130 - On comprend, à la rigueur, que les lettres que vous écrit quelqu’un
1131 - Peut-être faut-il que les êtres soient capables de vous faire beaucoup souffrir
1132 - Mais ce plaisir de la voir dormir, et qui était aussi doux que la sentir vivre
1133 - Pas plus que mon déplacement dans le temps, pas plus que le fait de regarder une jeune fille
1134 - Quelquefois j’éteignais la lumière avant qu’elle entrât
1135 - J’avais beau, avant qu’Albertine fût rentrée, avoir douté d’elle
1136 - C’était le tour d’Albertine de me dire bonsoir en m’embrassant de chaque côté du cou
1137 - Avant qu’Albertine m’eût obéi et m’eût laissé enlever ses souliers
1138 - Instants doux, gais, innocents en apparence
1139 - Je ne m’étonnais plus qu’Albertine fût là
1140 - J’avais promis à Albertine que, si je ne sortais pas avec elle
1141 - La vie a pris en effet soudain, à ses yeux, une valeur plus grande
1142 - C’était par de tels temps qu’au début de mon second séjour à Balbec
1143 - On arrive, sous la forme de soupçons, à absorber journellement, à doses énormes
1144 - Pourtant, quand, le lendemain, Bloch m’eut envoyé la photographie de sa cousine Esther
1145 - Ce soir-là, le projet qu’Albertine avait formé
1146 - Souvent je l’avais vue, à Balbec, attacher sur des jeunes filles
1147 - Pour en revenir aux jeunes passantes, jamais Albertine
1148 - Parfois l’écriture où je déchiffrais les mensonges d’Albertine
1149 - Je me mis à suggérer à Albertine d’autres buts de promenade
1150 - Le plus souvent l’amour n’a pas pour objet un corps
1151 - J’ai dit : Comment n’avais-je pas deviné ?
1152 - Sans doute mon amour pour Albertine
1153 - D’ailleurs, Albertine m’effrayait en me disant que j’avais raison
1154 - Si je n’aimais pas Albertine
1155 - Albertine allait ôter ses affaires
1156 - Mais j’étais obligé d’interrompre un instant et de faire des gestes menaçants
1157 - Quand Albertine revint dans ma chambre, elle avait une robe de satin noir
1158 - La souffrance dans l’amour cesse par instants, mais pour reprendre d’une façon différente
1159 - La jalousie est aussi un démon qui ne peut être exorcisé
1160 - Laisser Albertine aller seule dans un grand magasin
1161 - J’étais maintenant libre de faire, aussi souvent que je voulais, des promenades avec Albertine
1162 - Si vous ne voulez pas venir chez les Verdurin
1163 - D’autre part, l’accouplement des éléments contraires est la loi de la vie
1164 - Je crois que vraiment, ce jour-là, j’allais décider notre séparation et partir pour Venise
1165 - Certes, j’avais quelques remords d’être aussi irritant à l’égard d’Albertine
1166 - Ce n’était plus l’apaisement du baiser de ma mère à Combray, que j’éprouvais auprès d’Albertine
1167 - Chaque minute me rapprochait du bonsoir d’Albertine
1168 - Aussi parfois, certains soirs, j’eus recours à une ruse qui me donnait le baiser d’Albertine
1169 - Je pouvais prendre sa tête, la renverser, la poser contre mes lèvres, entourer mon cou de ses bras
1170 - Le lendemain de cette soirée où Albertine m’avait dit
1171 - Certes, la fantaisie, l’esprit de chaque marchand ou marchande
1172 - Françoise m’apporta le Figaro
1173 - Ainsi échangeâmes-nous des paroles menteuses
1174 - De ce que le monde du rêve n’est pas le monde de la veille
1175 - La résurrection ne vient pas tout de suite
1176 - Puis une tristesse m’envahissait
1177 - En plus du plaisir de savoir le goût qu’Albertine avait pour eux
1178 - Une fois Albertine sortie, je sentis quelle fatigue était pour moi cette présence perpétuelle
1179 - J’étais, en tous cas, bien content qu’Andrée accompagnât Albertine au Trocadéro
1180 - Laissant ces pensées, maintenant qu’Albertine était sortie
1181 - De blanchisseuse, un dimanche, il ne fallait pas penser qu’il en vînt
1183 - Hélas ! une fois auprès de moi, la blonde crémière
1182 - Je me mis à lire la lettre de maman
1184 - Sans doute je n’en étais qu’à la première de ces affirmations pour Léa
1185 - Je m’aperçus que la petite laitière était toujours là
1186 - D’ailleurs, qui sait si elle ne connaissait pas Léa et n’irait pas la voir dans sa loge ?
1187 - Je recommandai à Françoise, quand elle aurait fait sortir Albertine
1188 - J’étais prêt, Françoise n’avait pas encore téléphoné
1189 - Les robes même que je lui achetais, le yacht dont je lui avais parlé, les peignoirs de Fortuny, tout cela ayant dans cett
1190 - La musique, bien différente en cela de la société d’Albertine
1191 - Mais malgré la richesse de ces œuvres où la contemplation de la nature
1192 - Je ne sais pourquoi le cours de mes rêveries
1193 - Ce fut malheureusement un des éclats de cette nervosité méchante
1194 - Peu à peu mon agitation se calma, Albertine allait rentrer
1195 - J’avais à peine le temps d’apercevoir, aussi séparé d’elles derrière la vitre
1196 - Comme on fait à la veille d’une mort prématurée, je dressais le compte des plaisirs
1197 - Si ma vie avec Albertine devait m’empêcher d’aller à Venise
1198 - La vie de ces jolies filles
1199 - Plus loin une autre fillette était agenouillée près de sa bicyclette
1200 - Parfois, dans les heures où elle m’était le plus indifférente
1201 - Je dois ajouter qu’Albertine admirait beaucoup chez moi un grand bronze
1202 - Certes, si elle avait les goûts que je lui avais crus
1203 - Pour lui faire paraître sa chaîne plus légère
1204 - Tout être aimé, même dans une certaine mesure, tout être est pour nous comme Janus
1205 - J’appris que ce jour-là avait eu lieu une mort qui me fit beaucoup de peine, celle de Bergotte
1206 - Il y avait des années que Bergotte ne sortait plus de chez lui
1207 - Dans les mois qui précédèrent sa mort, Bergotte souffrait d’insomnies
1208 - Il consulta les médecins qui, flattés d’être appelés par lui, virent dans ses vertus de grand travailleur
1209 - Il se répétait : Petit pan de mur jaune avec un auvent
1210 - J’appris, ai-je dit, ce jour-là que Bergotte était mort
1211 - Le témoignage des sens est lui aussi une opération de l’esprit
1212 - Pour revenir à Albertine, je n’ai jamais connu de femmes douées plus qu’elle d’heureuse aptitude au mensonge
1213 - Après le dîner, je dis à Albertine que j’avais envie de profiter
1214 - Je dis à Albertine, peu en train, m’avait-elle dit, pour m’accompagner chez les Guermantes
1215 - Bien que la conduite qu’il avait eue avec la nièce de Jupien
1216 - J’avais en moi deux produits de ma journée
1217 - La mort de Swann m’avait à l’époque bouleversé. La mort de Swann
1218 - Pour revenir à des réalités plus générales, c’est de cette mort prédite et pourtant imprévue de Swann
1219 - Les grosses plaisanteries de Brichot
1220 - C’est comme ça, Brichot, que vous vous promenez la nuit avec un beau jeune homme
1221 - Il y a longtemps que vous l’avez vu ? demandai-je à M. de Charlus
1222 - Il est possible que le baron fût sincère quand il parlait de Morel comme d’un bon petit camarade
1223 - M. de Charlus n’avait jamais été, dans la vie, qu’un amateur
1224 - Et qu’est devenu, ajouta-t-il en se tournant vers moi, votre jeune ami hébreu
1225 - Quant aux autres jeunes gens, M. de Charlus trouvait qu’à son goût pour eux l’existence de Morel
1226 - M. de Charlus, qui l’avait connu depuis longtemps par Swann
1227 - Au moment où nous allions sonner à la porte de l’hôtel, nous fûmes rattrapés par Saniette
1228 - M. de Charlus était en train de donner son pardessus avec des recommandations d’habitué
1229 - A ce moment M. Verdurin vint à notre rencontre
1230 - Mme Verdurin était furieuse et décidée à « éclairer » Morel sur le rôle ridicule et odieux que lui faisait jouer M. de Ch
1231 - Pour en revenir à M. de Charlus, Mme Verdurin n’eût pas trop souffert s’il n’avait mis à l’index que la comtesse Molé
1232 - M. de Charlus s’éloigna avec Morel
1233 - Ce qui perdit M. de Charlus ce soir-là fut la mauvaise éducation
1234 - M. de Charlus avait, à Balbec, finement critiqué devant moi Mme de Vaugoubert
1235 - Il faut rendre pourtant cette justice à M. de Charlus
1236 - En voyant se ranger sur la petite estrade non pas seulement Morel et un pianiste
1237 - Je regardai la Patronne, dont l’immobilité farouche
1238 - Mais bien vite, le motif triomphant des cloches ayant été chassé
1239 - Cette patrie perdue, les musiciens ne se la rappellent pas
1240 - Comme dans les illisibles carnets où un chimiste de génie
1241 - Ce qu’elle avait permis, grâce à son labeur, qu’on connût de Vinteuil, c’était à vrai dire toute l’œuvre de Vinteuil
1242 - Au reste, le contraste apparent, cette union profonde entre le génie (le talent aussi et même la vertu) et la gaine de vi
1243 - M. de Charlus recommença, au moment où, la musique finie
1244 - Les autres invitées de M. de Charlus s’en allèrent assez rapidement
1245 - Rien qu’en parlant avec cette faconde, M. de Charlus irritait Mme Verdurin
1246 - Cependant Ski s’était assis au piano
1247 - Je dis à M. de Charlus mon regret que M. Brichot se fût dérangé
1248 - Je retire ce que j’ai dit, dit Charlus d’une voix aiguë et maniérée, vous êtes un puits de science
1249 - Lâche comme je l’étais déjà dans mon enfance à Combray
1250 - Déjà, dans l’esprit rusé de Morel, avait germé une combinaison
1251 - Mais nous avons trop anticipé, car tout ceci ne se passa qu’après la soirée Verdurin
1252 - L’ambassadeur disgracié, le chef de bureau mis brusquement à la retraite
1253 - Tandis que M. de Charlus, assommé sur le coup par les paroles que venait de prononcer Morel et l’attitude de la Patronne
1254 - Pour revenir en arrière, à la soirée Verdurin
1255 - Disparition d’Albertine - Voyant l’heure, et craignant qu’Albertine ne s’ennuyât
1256 - Nous étions arrivés devant la porte
1257 - Nos fiançailles avaient pris une allure de procès et donnaient à Albertine
1258 - Comment, c’était la même Albertine d’aujourd’hui
1259 - Albertine ne m’avait jamais dit qu’elle me soupçonnât d’être jaloux d’elle
1260 - Je dois dire que ce qui m’avait paru le plus grave et m’avait le plus frappé comme symptôme
1261 - Je ne savais que dire, ne voulant pas paraître étonné, et écrasé par tant de mensonges
1262 - Cette fois-ci encore, je n’avais pas le temps de garder un trop long silence
1263 - Cette peur qu’Albertine allât peut-être me dire
1264 - En analysant d’après cela, d’après le système invariable de ripostes
1265 - Mon esclavage, encore perçu par moi
1266 - Je me souvins avec horreur d’un soir
1267 - Mais Léa a été, tout le temps de ce voyage, parfaitement convenable avec moi, me dit Albertine
1268 - Ce soir-là je pensai que, parmi les autres causes
1269 - J’avais les larmes aux yeux
1270 - Ma petite Albertine, répondis-je, vous êtes bien gentille
1271 - J’aurais eu tort d’être heureux de la petite comédie
1272 - Venez dans ma chambre dans cinq minutes pour que je puisse vous voir un peu, mon petit chéri
1273 - Laquelle des deux hypothèses était la vraie ?
1274 - Ce matin-là, pendant qu’Albertine dormait et que j’essayais de deviner ce qui était caché en elle
1275 - Albertine ne me dit pas plus, à partir de cette soirée
1276 - Si le but d’Albertine était de me rendre du calme
1277 - Il faudra que nous nous occupions bientôt de vos robes de Fortuny, dis-je un soir à Albertine
1278 - Alors, pour changer le cours de mes pensées, plutôt que de commencer avec Albertine une partie
1279 - Je m’étais si bien rendu compte qu’il serait absurde d’être jaloux de Mlle Vinteuil et de son amie, puisqu’Albertine
1280 - Sans pousser plus loin cette comparaison, je sentais que les rumeurs
1281 - Les phrases de Vinteuil me firent penser à la petite phrase et je dis à Albertine
1282 - Mais je peux au moins croire que Baudelaire n’est pas sincère. Tandis que Dostoïevski
1283 - Ce n’était pas, du reste, que de la musique de lui que me jouait Albertine
1284 - Et peut-être, pourtant, entièrement fidèle je n’eusse pas souffert d’infidélités
1285 - Quelquefois il faisait un si beau clair de lune, qu’une heure après qu’Albertine était couchée
1286 - L’hiver cependant finissait ; la belle saison revint
1287 - Bientôt les nuits raccourcirent davantage
1288 - Dans la journée, Françoise avait laissé échapper devant moi qu’Albertine
1289 - Quand je vis que d’elle-même elle ne m’embrassait pas
1290 - Ce jour-là et le lendemain nous sortîmes ensemble, puisque Albertine ne voulait plus sortir avec Andrée
1291 - Au fond, nous n’avons faim ni l’un ni l’autre, on aurait pu passer chez les Verdurin, me dit Albertine
1292 - Nous revînmes très tard, dans une nuit où, çà et là, au bord du chemin, un pantalon rouge à côté d’un jupon révélaient de
1293 - Quand ainsi le départ d’Albertine n’aurait plus d’inconvénients